Rencontrons-nous !

En résumé : « Je ne me sens pas à ma place au travail » recouvre trois réalités bien distinctes : un récit intérieur invalidant, une relation abîmée avec les autres, ou une distance qui s’est créée entre vous et votre environnement de travail, à l’initiative de votre organisation (priorités, règles, culture) ou à la vôtre (changement de vie choisi ou subi). Le mini-test de cet article est un outil simple pour identifier celle dans laquelle vous vous reconnaissez le plus, et pour savoir par où commencer.
Vous vous levez le matin et quelque chose ne va pas, sans que vous sachiez vraiment quoi, et sans que rien de visible ne l’explique. Vous faites votre travail, souvent bien, parfois très bien. Et pourtant, une petite voix vous souffle que vous n’êtes plus tout à fait à votre place. Le dimanche soir, ou au retour de vacances, au moment de reprendre ou encore en réunion, quand vous vous surprenez à penser que vous seriez plus à votre place à la sortie de l’école où votre enfant vient de faire sa rentrée.
« Ne pas se sentir à sa place au travail » n’est pas un diagnostic. C’est une phrase-valise qui recouvre au moins trois réalités bien différentes, qui n’appellent pas la même réponse. Que vous ayez l’impression de ne plus trouver votre place professionnellement du jour au lendemain, ou que ce sentiment se soit installé plus progressivement, mieux vaut identifier précisément ce qui coince avant de vous lancer dans une remise en question générale, ou pire, dans une reconversion précipitée, portée par la seule envie de changer d’entreprise ou de métier. C’est l’objet de cet article, et du mini-test qui l’accompagne.
Dans mon activité de coach, j’entends cette phrase, ou ses variantes (« je ne trouve pas ma place au travail », « ne plus se sentir à sa place au travail »), revenir sous des formes très variées. Et à chaque fois, en creusant un peu, je découvre que le malaise loge à l’un de ces trois endroits :
Trouver sa place au travail suppose donc, d’abord, de savoir laquelle de ces trois relations s’est déréglée.
Ces trois situations peuvent parfaitement coexister. Vous pouvez douter de vous et sentir que votre équipe vous tient à distance et constater que les critères de réussite ont changé sous vos pieds. Mais en général, l’une des trois domine. Ce n’est pas nécessairement la plus visible, mais c’est la plus douloureuse. C’est elle qu’il est utile de traiter en premier : les deux autres, souvent, se calment une fois qu’on s’attaque à celle qui vous fait le plus souffrir.
C’est la version la plus silencieuse, et la plus épuisante. Vous minimisez ce que vous réussissez, vous l’attribuez à la chance, au contexte, à l’aide de quelqu’un d’autre. Même face à un compliment sincère, une partie de vous se dit qu’on n’a pas vu ce qui cloche vraiment. Vous passez alors plus d’énergie à vous convaincre que vous méritez votre place qu’à simplement faire votre travail et à mettre vos compétences là où elles servent.
Ici, le problème n’est pas votre poste, ni votre équipe. C’est le récit intérieur qui tourne en boucle et qui décide, à votre place, que vous n’êtes pas légitime. J’en parle plus en détail dans l’article sur le syndrome de l’imposteur, qui creuse spécifiquement ce mécanisme.
J’ai pris l’exemple du syndrome de l’imposteur car il est, malheureusement, très à la mode. Mais je pourrais écrire la même chose à propos de quelqu’un qui vient d’arriver dans une équipe et se reproche de ne pas s’intégrer assez vite. Ou encore de quelqu’un qui a eu un passage à vide (ça arrive aux meilleur·e·s d’entre nous) et qui est persuadé·e que son manager le lui fera payer un jour ou l’autre. Tout ça, sans aucun signal négatif de la part de l’équipe ou de la hiérarchie. Vous voyez le topo ?
Ici, le récit intérieur n’est pas en cause : c’est le lien avec les autres qui s’est abîmé, concrètement. Cela prend plusieurs formes, les signes sont observables pour le coup.
Il y a d’abord la mise à l’écart : vous apprenez les décisions qui vous concernent une fois qu’elles sont prises, jamais pendant ; on ne vous convie plus à des réunions où votre avis serait pourtant utile ; les conversations informelles s’interrompent, ou changent de sujet, quand vous arrivez.
Il y a aussi le mérite détourné et le court-circuitage : ce·tte collègue, qui s’attribue un travail que vous avez réalisé ; ce service, qui prend systématiquement des décisions, ou fait remonter des informations, sans passer par vous ; votre manager, qui s’adresse directement à votre équipe, sans passer par vous non plus.
Dans tous les cas, ce n’est pas dans votre tête : ce qui se joue se joue entre des personnes, dans des interactions concrètes. Ce sont des faits observables, qui dessinent une dynamique où vous vous sentez de moins en moins intégré·e au collectif et où votre place s’érode, parfois volontairement, souvent simplement parce qu’une équipe a glissé vers un fonctionnement que personne n’a vraiment choisi. Si cette description vous parle, l’article sur le sentiment d’isolement au travail va plus loin sur ce sujet.
C’est le cas le plus déroutant, parce qu’il touche à quelque chose qui dépasse votre périmètre : les règles du jeu ont changé, ou c’est vous qui avez changé plus vite que les règles du jeu autour de vous.
Votre manager, qui a toujours apprécié votre travail, se met à vous reprocher de ne plus correspondre aux nouveaux standards. Les critères de réussite dans l’entreprise ont évolué, parfois avec la culture ou les conditions de travail elles-mêmes, sans que personne ne prenne le temps de vous dire clairement lesquels, ni ce qu’on vous demande désormais. Vous avez fait le tour de votre poste et de ses tâches, après des années à le tenir, vous êtes prêt·e à passer à autre chose, mais personne autour de vous ne semble s’en rendre compte. Vous venez d’être promu·e et vous n’avez pas encore les codes de votre nouveau rôle. On vous propose même une promotion, et vous ne savez pas si vous êtes fait·e pour ça.
Dans tous ces cas de figure, vous n’êtes pas en faute : c’est l’alignement entre vous et votre environnement qui s’est déplacé, dans un sens ou dans l’autre, et le décalage est réel. Continuer à jouer selon les anciennes règles, ne vous mènera pas très loin : ce n’est pas votre façon de travailler qui est en cause, c’est le cadre. J’aborde ce phénomène plus en détail dans l’article perdu dans sa vie professionnelle : lost in transformation.
Répondez par oui ou par non à chacune des affirmations suivantes, le plus spontanément possible. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses : ces questions servent à situer votre malaise, pas à vous évaluer.
Votre malaise tient surtout à un environnement qui a bougé, ou que vous avez dépassé. C’est une réflexion sur votre trajectoire professionnelle qu’il est utile d’ouvrir en premier.
Votre malaise se joue avant tout dans le registre relationnel, avec vous-même ou avec votre entourage professionnel. C’est un travail sur la relation qu’il est utile d’entreprendre en premier.
C’est fréquent, et ce n’est pas gênant. Commencez par le registre qui vous pèse le plus au quotidien, au moment où vous lisez ces lignes : les deux autres se travailleront ensuite, souvent plus facilement.
Ce test ne pose pas un diagnostic définitif, et ne remplace pas une analyse plus fine de votre situation : il vous donne une direction pour démarrer. La bonne porte d’entrée s’affine ensuite, notamment lors d’un premier échange avec un·e coach.
Travailler le registre relationnel (groupes A et B) et travailler sur votre trajectoire professionnelle (groupe C) ne mobilisent pas les mêmes leviers.
Dans le premier cas, il s’agit de désactiver les mécanismes, internes ou interpersonnels, qui vous ont mis à distance de vous-même ou des autres, et de retrouver une relation plus juste, avec vous et avec votre équipe, que vous choisissiez ensuite de rester ou de partir.
Dans le second cas, il s’agit de clarifier ce que vous cherchez désormais dans votre vie professionnelle : vos aspirations, vos valeurs, et les ressources que vous voulez réellement mettre au travail, maintenant que votre relation avec votre cadre professionnel a changé.
Et l’ordre compte : partir vers un nouveau poste ou un nouveau projet sans avoir réglé ce qui relève du relationnel a toutes les chances de faire ressurgir le même malaise ailleurs, sous une autre forme.
Dans les deux cas, un premier échange permet d’affiner cette première orientation ensemble, et de construire la suite à partir de votre situation réelle, pas d’une case cochée dans un test.