Rencontrons-nous !
96 % des coachings que je réalise en entreprise sont des coachings prescrits.
Un coaching prescrit, c’est lorsqu’une organisation propose et finance un accompagnement pour un·e salarié·e qui n’en est pas à l’origine. Et ce détail change tout.
Dans un coaching volontaire, la motivation au changement est le point de départ.
Dans un coaching prescrit, la motivation réelle du ou de la bénéficiaire est… la principale inconnue de l’équation.
Pourtant, la plupart des formations au coaching affirment que l’engagement de la personne accompagnée est la condition sine qua non de réussite. Alors comment expliquer que le coaching prescrit — qui représente une part majeure du marché en entreprise — soit si peu documenté, si peu enseigné, si peu questionné ?
Depuis plus de 23 ans, j’accompagne des dirigeant·e·s, des managers et des équipes dans ce cadre spécifique. J’y ai appris que le coaching prescrit est une danse à trois : entreprise, bénéficiaire désigné·e et coach. Une danse délicate, parfois instable, toujours exigeante.
Dans cette série, je partage :
les paradoxes du coaching prescrit,
les erreurs fréquentes des prescripteurs RH,
les risques de faux engagement,
les leviers pour créer une véritable alliance tripartite,
et les conditions éthiques d’un accompagnement efficace.
Si vous êtes professionnel·le des ressources humaines, manager prescripteur, coach interne ou externe, cette série est pour vous.
Car le coaching prescrit peut être un formidable levier de développement… à condition de ne pas fermer les yeux sur ses angles morts.

Un coaching prescrit, c'est quand l'entreprise propose et finance un coaching à un ou plusieurs de ses salariés. Les bénéficiaires ne sont pas à l'origine de la demande et ça change tout ! Dans un coaching volontaire, la volonté de progression, de changement, de performance est le déclencheur même du coaching ; dans un coaching prescrit, la volonté de changement de la personne accompagnée, est… la principale inconnue de l'équation.
Ce n’est pas un détail ! Toutes les écoles et les prescripteurs de coaching s'accorderont à vous dire que la motivation de la personne accompagnée est la condition sine qua non de réussite d'un coaching. Alors comment se fait-il que je n’aie trouvé aucune statistique sur la prévalence et l'efficacité du coaching prescrit et que parmi les 150 écoles qui, paraît-il, existent en France – là encore toujours aucun chiffre fiable - seulement 2 évoquent les spécificités du coaching prescrit dans leur programme ?
Peut-être lié au fait que le coaching prescrit nous met face à un paradoxe : comment aider quelqu'un qui n'a rien demandé ?
Depuis 23 ans que j'exerce mon métier de coach en entreprise, j'ai appris par la pratique les conditions de succès d'un coaching prescrit. Si vous êtes professionnel·le des RH ou coach et que vous cherchez à optimiser l'efficacité de vos accompagnements, cette série de vidéos est pour vous.

comme ces programmes de leadership développement proposé à tous les cadres de direction ou aux personnes identifiées comme des Hauts potentiels. Le coaching peut même faire partie du processus d'intégration dans un comité de direction où tout nouveau membre suit un coaching au moment de sa prise de poste. Ces coachings sont généralement d'excellents investissements. Ils sont très appréciés des participant·e·s, qui y voient à juste titre une invitation à faire partie une sorte de club VIP.
Or ce qu'il faut savoir, c'est que ce genre de coaching n'existe pratiquement que dans les grands groupes et qu'il est réservé à une toute petite élite. Dans la plupart des cas les briefs de coaching que je reçois ressemblent plutôt à : « Gaston est un manager adorable et très apprécié. Un peu trop peut-être, il faudrait qu'il soit plus assertif et qu'il élève son niveau d'exigence. » Un autre exemple : « Jeanne est vraiment trop dure avec ses équipes et ses partenaires internes. On a reçu des plaintes. Ça ne peut pas durer : les partenaires sociaux m'ont demandé des comptes ! »
Quelle que soit la sincérité de la volonté d'aider de l'entreprise, ces propositions de coaching peuvent légitimement être reçues comme un reproche qui ne dit pas son nom... Voire comme une épée de Damoclès. Il est parfaitement logique que dans beaucoup de cas, la réaction des bénéficiaires désigné·e·s soit plus ou moins défensive.
Alors comment on fait pour passer d'une demande de conformité émise par l'entreprise à un engagement des bénéficiaires désigné·e·s dans un coaching prescrit ? Comme le disait une de mes consœurs la semaine dernière, c'est une ligne de crête assez étroite et concernant explorer en détail dans les prochaines semaines.

Alors les risques pour que ce premier pas soit vécu par la personne comme maladroit, voire blessant, sont élevés. En effet, proposer de l'aide à quelqu'un qui n'a rien demandé est un exercice extrêmement délicat car on prend le risque de froisser une fierté d'autant plus à vif que la personne se sent en insécurité.
Puisque l'entreprise a jugé bon de proposer de l'aide à quelqu'un qui n'a rien demandé, il est probable que je vais devoir déminer le terrain relationnel. Quand je rencontre un ou une bénéficiaire désigné·e, j'écoute en détail la manière dont cette personne a reçu la proposition de coaching. Ça me renseigne sur la qualité de la relation entre cette personne et sa hiérarchie. Ensuite, ça m'indique aussi le niveau d'implication et le positionnement des RH dans le processus. Enfin, ça me donne des informations précieuses sur les différences entre le cadre qui m'a été donné par mon ou ma donneuse d'ordre et celui qui a été compris par le ou la bénéficiaire. Et ça, ça ressemble souvent au jeu des 7 erreurs - on aura l'occasion d'y revenir.
Quand je demande :
Quand je fais ça, je mets le poisson sur la table comme dit une consœur suédoise. Ce que je vais entendre de sentira pas nécessairement très bon mais je saurai à quoi m'en tenir sur le potentiel de la relation.

Et contrairement à ce que croient beaucoup de services RH prescripteurs de coaching, les bénéficiaires ont plusieurs options.
C’est évidemment souhaitable, mais pas systématique.
Ça se complique quand la personne considère qu’elle n’a pas de problème ou que c’est pas ELLE le problème.
Là, elle a 3 options :

Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire tirée de mon expérience pour illustrer le rôle que je peux jouer quand un·e bénéficiaire veut bien être coachée, mais pas pour les objectifs fixés par l’entreprise.
Évidemment, quand une coachée me demande « aidez-moi à me venger de mon PDG » comme je le raconte dans Chères Erreurs, je refuse. Mordre la main qui me paie est contraire à la déontologie du métier de coach.
Mais c’est parfois, et même souvent, plus subtil que ça.
Kevin, jeune DG d’une non moins jeune start-up m’appelle un jour et me dit « Yoann, mon directeur de production, est vraiment trop rigide et me fait perdre un temps de dingue avec ses objections. Il devient plus constructif ou on se sépare. »
Quand je rencontre Yoann, il se plaint de porter à lui tout seul toutes les contraintes opérationnelles de la boite sans aucun soutien, ne pas être écouté par ses associés et d’être au bord du burn-out à force d’essayer de satisfaire toutes leurs demandes, plus irréalistes les unes que les autres.
Pour Yoann, se faire traiter de « pas constructif » alors qu’il se défonce et nuit et jour pour cette boite était une insulte. Cela dit, il aime son job et il voit bien que ses efforts ne sont pas efficaces pour obtenir ce dont il a besoin : des priorités claires et des moyens pour pouvoir organiser efficacement le travail des équipes de production.
J’ai accepté de coacher Yoann quand j’ai compris qu’il était prêt à faire ce qu’il fallait pour atteindre son objectif, à savoir se faire entendre. Pour Yoann, se plier à l’exigence de « constructivité » de son DG n’était pas son objectif du coaching, c’était une stratégie pour obtenir ce qu’il voulait.

Les objectifs ont été fixés en réunion tripartite. Tout leur répertoire d’exercices et d’outils a été mobilisé pour résoudre le problème posé, et puis… rien.
Admettons que l’objectif du coaching soit d’améliorer la communication au sein d’une équipe. Voilà 3 questions qu’en tant que coach, je pose aux prescripteurs et aux bénéficiaires, séparément puis en tripartite :
Si en tant que coach, je ne sais pas répondre à ces questions à l’issue des premiers échanges bilatéraux et/ ou tripartites, c’est que les objectifs du coaching ne sont pas assez clairs et que je ne sais pas vraiment ce que mes interlocuteurs attendent de moi.

Il y a quelques années, j’ai accompagné une cadre dirigeante que je vais appeler Anissa, dont la période d’essai venait d’être renouvelée.
La DRH n’avait pas été explicite avec Anissa sur ce qui se passerait si le coaching ne produisait pas d’effet d’ici la fin de la période d’essai renouvelée. Et quand je lui ai posé la question, elle m’a répondu que sans changement notable, elle mettrait fin à la période d’essai. « OK, donc vu les délais légaux de préavis, Anissa a un mois pour modifier sa posture managériale. C’est court… Quel est le plus petit signe d’amélioration qui vous fera dire d’ici un mois qu’Anissa est capable de modifier sa posture managériale dans le sens que vous souhaitez ? »
Bien au courant des échéances et des conséquences, la DRH a ajusté ses attentes.
Quand j’ai rencontré Anissa, Elle est arrivée d’elle-même à la conclusion que si elle ne changeait pas de posture, elle ne serait probablement pas confirmée dans son poste. « Je ne l’avais pas vu venir mais c’est logique. C’est injuste pour un tas de raisons mais peu importe : ce job me plaît, je n’en trouverai pas d’équivalent de sitôt. A moi de trouver, avec votre aide, ce que je dois faire pour rassurer ma hiérarchie d’ici un mois »
Bien au courant des conséquences, Anissa a ajusté ses priorités pour défendre au mieux ses intérêts.
Chat GPT avec qui j’ai préparé cette série m’a dit « sujet trop abrupt, à éviter ». Eh bien moi je vous dis : surtout pas.
Souvenez-vous : nous prenons l’essentiel de nos décisions en fonction des conséquences que nous anticipons. Dans un coaching prescrit, il est à la fois éthique et efficace de clarifier ce point avec toutes les parties, y compris en tripartite. C’est la seule manière de garantir que toutes les parties savent à quoi elles s’engagent.

Quand un coaching a été prescrit dans une entreprise, ça veut dire quelqu’un dans l’organisation a demandé un changement chez quelqu’un d’autre : n+1, équipe, représentants du personnel, comité carrières.
Entre vous et moi, je préfère largement travailler avec les personnes qui sont elles-mêmes demandeuses d’un changement, car ce sont elles qui sont généralement prêtes à investir du temps et des efforts pour ça. Malheureusement, en entreprise, beaucoup de ces personnes délèguent le changement à d’autres… qui n’ont rien demandé, voire qui considèrent être victimes de la situation que le demandeur du coaching veut voir changer.
J’ai partagé ces dernières semaines quelques leviers que je peux actionner pour éveiller entretenir l’engagement des bénéficiaires désignés… quand c’est possible.
Ce n’est pas parce qu’elle délègue l’effort de changement qu’il faut la déresponsabiliser complètement.
À chaque fois que c’est possible, je demande à rencontrer cette personne, pour savoir :
Selon les réponses, je peux me faire une idée des chances de succès du coaching, si la personne désignée est soutenue ou non dans ses efforts de changement. Si ce n’est pas le cas, je décline.
En tripartite, je donne systématiquement à la personne demandeuse des tâches de soutien et d’observation des progrès et je leur donne rendez-vous à la prochaine tripartite pour faire le point.