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Une approche systémique du coaching en entreprise

Mis à jour le : 3 avril 2022

J'ai consacré ma vie professionnelle au développement du leadership et de l’accompagnement au changement. Au cours de ces 30 années, j'ai bâti mon approche systémique du coaching sur plusieurs strates théoriques. Elle puise dans plusieurs théories managériales, des concepts de la sociologie des organisations, des outils de développement personnel et deux approches psychothérapeutiques.

Ma pratique du coaching s'inspire principalement de l’approche systémique et stratégique. Cette théorie s'appuie sur la recherche fondamentale initiée par Gregory Bateson et les travaux du Palo Alto Mental Research Institute, menés pas Paul Watzlawick entre autres. Les approches centrées sur le client, inspirées par Carl Rogers m'ont également aidé à approfondir et à améliorer la qualité des relations que j'établis avec mes clients. Enfin, la Gestalt m'a ouvert le monde de la conscience somatique, que j'intègre progressivement dans ma pratique.

Dans le cadre de mes études de coaching, j'ai formalisé mon modèle de coaching autour de 4 principes, qui intègrent ces influences. J’ai traduit mon mémoire de fin d'étude en Français et l'ai restructuré en 4 articles, pour en faciliter sa lecture.

Dans ce premier volet, j'explique ce que cela signifie d'envisager les comportements de manière systémique et ce que cela apporte à la résolution de problèmes relationnels.

Une approche contextuelle et constructiviste des comportements humains

Quel est le postulat principal de l’approche systémique du coaching ?

Tous les comportements, même les plus anormaux, sont une façon de s'adapter à un contexte. Les implications pour la relation d’aide sont innombrables et je ne développerai que celles que j'inclus dans ma pratique du coaching.

Quel est le lien entre les thérapies systémiques et l’entreprise ?

J'ai passé les premières années de ma carrière de consultante à fréquenter l'équipe du sociologue François Dupuy. J'y ai vite appris à chercher la motivation des comportements de mes clients - parfois fort étranges - dans les contextes organisationnels. J'étais donc en terrain épistémologique connu lorsque j'ai découvert l’Approche Systémique et Stratégique de Palo Alto. Sur le plan psychologique, cette approche considère tout symptôme comportemental comme la qualité émergente du fonctionnement d'un système. 

Qu’entend-on par système ?

Selon la théorie générale des systèmes, un système est un groupement d’éléments organisés autour d’une finalité commune. Cette définition s’applique aussi bien au système solaire, aux écosystèmes et aux relations humaines, famille ou organisation. Pour simplifier, tout système oeuvre à la stabilité de son fonctionnement. Chaque membre, par ses interventions, maintient la stabilité du système. 

Qu’est-ce que l’homéostasie ?

Pour autant, stable ne veut pas dire sain. En effet, la solution apportée par un comportement peut être coûteuse ou inadéquate pour au moins un membre du groupe. Cela crée un équilibre dysfonctionnel. Néanmoins, chaque fois qu'un membre du groupe s'écarte d'un comportement routinier, l'ensemble du groupe est perturbé. Il suit alors des processus de régulation pour retrouver sa stabilité initiale. Ce phénomène d'homéostasie explique pourquoi le changement est si difficile et place la résistance au changement dans une perspective interactionnelle, plutôt qu'individuelle. 

A quoi sert le coaching systémique ?

Bien que les gens aient naturellement tendance à vouloir résoudre leurs problèmes, les processus de régulation bien établis s'avèrent parfois inadéquats. Le cerveau humain a du mal à trouver de nouvelles façons de résoudre la situation. Il a tendance à faire plus de la même chose, même lorsqu'on lui dit ou qu'on lui apprend à faire différemment. Or, persister à vouloir résoudre un problème avec la même solution inadéquate, aussi rationnelle et logique et utile qu'elle puisse être dans d'autres contextes, aggrave la situation et « la solution devient le problème ».

L'approche systémique du coaching trouve ici tout son intérêt. Dans ce cadre épistémologique, le rôle du coach ou du thérapeute consiste à aider ses clients à prendre conscience qu'ils ne sont pas des pions dans un jeu, mais des joueurs qui savent que les règles ne sont "réelles" que dans la mesure où (ils) les (ont) créées ou acceptées, et qu’(ils) (peuvent) les changer". Paul Watzlawick.

Qui est le client dans une approche systémique du coaching ?

Comment s’y prendre pour changer un système relationnel ?

Selon la théorie générale, tout changement introduit n'importe où dans un système modifie le fonctionnement de l'ensemble du système. Par conséquent, il n'est pas obligatoire de travailler avec tous les membres du groupe. De même, il est possible de travailler sans le concours de la personne dont le comportement est considéré comme problématique ou pathologique selon la norme du groupe. Bien sûr,

Le premier objectif du coach est de trouver qui est (sont) le(s) client(s) à aider, c'est-à-dire qui souhaite le plus que la situation change. En entreprise comme dans les thérapies brèves, la plupart des demandes passent par des intermédiaires. Dès lors, les coachés ​​sont souvent des « patients désignés », qui n’ont rien demandé. 

Quel est l’intérêt méthodologique de savoir qui demande quoi avant de démarrer un coaching ?

En premier lieur, cela donne un aperçu de qui joue quel rôle dans la situation actuelle et qui est prêt à participer à l'essai de solutions alternatives.

C’est aussi l’occasion de commencer à faire visualiser à mes clients leurs comportements sous forme de boucles interactionnelles, et que le changement vient le plus souvent par l’analyse des interactions plutôt que par des individus seuls.

C'est également le moment où j’évalue dans quelle mesure la personne désignée pour le coaching est prête à faire l'effort d'apprendre quoi que ce soit. Parfois, cela implique de rechercher avec elle ce qui peut la motiver à faire ce coaching.

C’est enfin l’occasion de responsabiliser les représentants de l’institution - n+1 et/ou responsable RH. Ils ont un rôle à jouer dans l’accompagnement du processus de coaching. Mon rôle de coach est de leur donner des pistes concrètes pour le faire.

Qu’est-ce qui se passe si la personne désignée refuse le coaching ?

Souvent, ce sont les personnes qui souffrent le plus d’une situation donnée qui prennent l'initiative de la demande de coaching. Or, ce ne sont pas toujours elles qui adoptent les comportements les plus ouvertement problématiques. 

Exemple : « Mon collaborateur me laisse terminer son travail, il a besoin de coaching. ». La manager a un problème, car c’est elle qui souffre de la situation. Le collaborateur, lui, voit son comportement comme une solution efficace pour réguler sa charge de travail et n’a aucune raison de changer. Il refuse le coaching, laissant sa manager désemparée. La manager, se considérant victime de la situation, ne veut pas entendre parler de coaching pour elle-même, mais elle est prête à être conseillée pour coacher elle-même son collaborateur.

Il existe parfois une voie alternative qui passe par l’entourage, si ce dernier accepte de jouer un rôle dans la résolution d’un problème dont il ne se sent pas responsable. C'est, à mon avis, l'une des forces les plus remarquables de l'approche systémique et stratégique. 

L'approche systémique du coaching prend en compte le passé de mes clients sans se focaliser sur la causalité psychanalytique.

Quelle est la différence entre l’approche psychanalytique et les thérapies systémiques ?

Selon la Théorie du Conflit Psychodynamique selon laquelle « [Rendre] le matériel inconscient consciemment disponible pour la personne qui éprouve des symptômes [est] susceptible de produire des changements plus complets et durables pour l'individu que ceux qui ne le font pas. ». À l'inverse, Watzlawick et son équipe décrivent leur approche comme « une recherche de schéma relationnel récurrent dans l'ici et maintenant plutôt que de la signification symbolique, des causes ou des motivations passées ».

« On peut changer sans comprendre,
et comprendre sans changer ».

Milton erickson

Quelles sont les implications pour le coaching ?

La première observation que je partage avec ces auteurs est que comprendre pourquoi un phénomène se produit ne suffit pas à le changer. La seconde est que le changement se produit souvent sans comprendre, à travers des changements subtils dans notre vision du monde. Cela ne signifie pas que j'écarte complètement le passé de mes clients de la discussion : je le prends en compte dans la mesure où il façonne leur subjectivité, leurs valeurs, croyances et conflits interpersonnels actuels.

Aider mes clients à visualiser leurs schémas relationnels

 C’est quoi un schéma relationnel ?

La cybernétique a introduit une vision circulaire de la communication, qui était auparavant envisagée de manière linéaire. Grâce à l’approche systémique, les relations peuvent être modélisées sous forme de boucles de rétroaction. Aider mes clients à voir la circularité de leurs schémas interactionnels est à mes yeux une des valeurs ajoutées principales de l'approche systémique du coaching. 

Une représentation visuelle et interactionnelle de l'exemple présenté en début d'article.

Comment travaille un coach systémique ?

Le but des premières séances de coaching systémique est de visualiser le changement souhaité sur un plan interactionnel. Cela permet de répertorier ses tentatives de solution de la personne coachée, d’expliciter les croyances et émotions implicites et de commencer à prendre du recul vis-à-vis des solutions qu’elle emploie pour atteindre ses objectifs. Bien sûr, cette prise de recul implique que des tentatives infructueuses ont été faites. Ou alors, que certaines mesures qui auraient dû être prises ne l’ont pas été.

Si vous voulez en savoir plus sur mes principes théoriques de coaching systémique en entreprise, je vous invite à lire les articles suivants :

La communication, un pont entre cognition et émotions

Pour des exemples pratiques de mon approche systémique du coaching en entreprise, vous pouvez également lire :

Coaching systémique : améliorer les relations plutôt que les individus

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