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Les vraies priorités quand on se lance coach : ce que j’aurais voulu qu’on me dise

Marie-Laure Deschamp est coach professionnelle. Elle accompagne les entrepreneurs pour apaiser leur relation à l'argent et leur permettre d'entreprendre de façon plus consciente et plus sereine. Elle est l'autrice de J'ai pas fait Bac+5 et alors ?, paru chez Gereso (2022, réédité 2023), et prépare un deuxième livre dédié aux entrepreneurs. Son super-pouvoir : la positivité. Cette conviction chevillée au corps qu'il n'y a pas de problème, seulement des solutions, avec le revers de la médaille qu'elle assume : la positivité peut devenir un déni d'émotion si elle est mal dosée, ou un accélérateur de prise de risque quand elle s'associe au driver «Dépêche-toi».

Dans cet épisode, deux mésaventures de début d'activité, racontées avec beaucoup d'humour et encore plus de recul, deviennent le point de départ d'une conversation franche sur les vraies priorités quand on se lance coach entrepreneur. Vous y découvrirez :

  • Pourquoi investir dans un beau site avant d'avoir un positionnement clair est presque toujours prématuré.
  • Ce qui se passe quand on dépose une marque à l'INPI sans vérifier les risques de confusion : une leçon juridique cuisante.
  • Comment transformer une attaque en cadeau, et pourquoi «quand tout résiste, se demander ce qu'on doit apprendre» est une stratégie plus efficace que le combat.
  • Pourquoi le positionnement d'un coach se construit dans la pratique, pas sur une feuille blanche.
  • Ce que nos drivers (Dépêche-toi, Sois fort) font à nos décisions d'entrepreneurs, et comment en prendre conscience avant de se manger le mur.

 

Une erreur classique : investir dans un site internet avant d'avoir une offre

Cécile La chronique que tu as choisie, c'est la n°11 : "J'ai dépensé une fortune pour un beau site internet." Je vais rappeler l'histoire. À la sortie du Covid, je veux moderniser mon site. Je fais appel à une consultante marketing qui me met dans les bras d'un développeur web. Je lui demande de mettre à jour mon blog. Il me fait une proposition de site commercial qui n'a rien à voir avec ce que j'ai demandé. Ma consultante me dit : «C'est comme ça qu'on fait les sites aujourd'hui, et une fois que tu sauras ce que tu vends, ça ira très bien.» Moi qui fais du sur-mesure depuis toujours, «savoir ce que je vends» c'était la pire des angoisses. Je me suis mise à tourner en rond frénétiquement. J'étais infichue de travailler avec ce développeur, qui pouvait bien faire un beau site, mais pas décider de mon positionnement à ma place. Je me suis retrouvée le bec dans l'eau après l'avoir payé.

Marie-Laure Ça m'a projetée directement sur mon premier site. Que j'ai commandé alors que je n'avais même pas encore créé ma société. Tout s'est fait en parallèle, très vite, comme toujours. Je me suis lancée coach certifiée sans me demander : c'est quoi mon offre, c'est quoi mes services ? Je me suis dit : qui je peux accompagner ? Et la réponse, c'était tout le monde. Des étudiants, des managers, des collaborateurs en transition de vie, avec le MBTI en plus. Je pouvais enlever le caillou dans la chaussure, quelle que soit la taille du géant. Donc mon site, c'était un menu de grande brasserie : entrées, plats, spécialités. Il y avait tout.

Marie-Laure Sauf que chemin faisant, quand j'ai découvert la relation à l'argent, j'ai créé une offre dédiée et je ne savais plus où la mettre dans mon site. J'y suis allée au chausse-pieds. La personne qui avait vu mon post pouvait tomber dessus. Celle qui ne l'avait pas vu me disait : «mais comment je le retrouve ce truc-là ?» Il a fallu que j'en fasse un deuxième.

 

L'attaque juridique : tomber de l'Everest en 72 heures

Marie-Laure Mais c'est pas tout. Mon site sort de terre, je fais une belle communication sur LinkedIn. Les likes arrivent, les petits mots doux en message privé. Je suis en haut de l'Everest. Trois jours après, je reçois le premier mail de contact. Le coeur qui bat. J'ouvre. C'est une juriste qui me signifie que je dois supprimer ma marque, faire disparaître mon site, changer mes statuts et mes cartes de visite. Une grande structure avait déposé un nom similaire à l'INPI avant moi.

Marie-Laure J'avais bien déposé ma marque à l'INPI, pour une fois que j'avais dompté mon driver «Dépêche-toi». Mais dans mon dépêche-toi, j'avais pas pris soin de vérifier s'il y avait un risque de confusion avec une marque existante. J'aurais pu appeler cette juriste en amont pour vérifier. Je ne l'ai pas fait. Résultat : 48 heures en PLS sur mon canapé à ne plus avoir envie de manger.

Cécile Quelle horreur !

Marie-Laure Je me suis renseignée auprès d'une avocate, j'ai épluché toutes les communications de cette structure : nulle part le nom litigieux n'apparaissait. Mais l'avocate m'a dit : «Devant un juge, il s'arrêtera à qui a déposé en premier à l'INPI. T'es la deuxième, t'as perdu. En plus, ça va te coûter cher. Change de nom.»

La question qui a tout changé

Marie-Laure Deux jours après, en bas de mon escalier, prête à aller me coucher, je m'arrête et je me dis : qu'est-ce que je dois comprendre de ce qui m'arrive ? Il y a forcément une leçon. J'ai ouvert la porte plutôt que de rester en mode «c'est pas juste». Et là, l'étincelle : pourquoi me cacher derrière une marque ? Je suis Marie-Laure Deschamp. Derrière Tructruc Coaching, c'est moi. Et j'avais déjà l'idée de mon livre. Le nom en dessous du titre, ça sera pas Tructruc Coaching, ça sera Marie-Laure Deschamp. Tout s'aligne.

Marie-Laure Le lendemain, j'appelle la juriste pour accepter. Et à la fin de la conversation, je lui dis : «Remerciez votre cliente. Elle m'a fait un cadeau énorme.» Blanc au téléphone. «Je viens de me réaligner.» Elle me dit : «Des réactions comme ça, j'en ai jamais eu.» La positivité était revenue. Il m'avait fallu 72 heures.

 

Ce que ces erreurs apprennent sur le lancement d'une activité de coach

Cécile Il y a quelque chose que j'entends beaucoup en supervision : «Je ne m'attendais pas à ce que le droit d'entrée pour exercer comme coach soit si élevé. On m'avait dit qu'une formation suffisait.» Mais s'installer comme coach, c'est aussi s'installer comme entrepreneur. Marketing, commercial, administratif, certifications, assurances, formation continue, supervision. Les investissements ont augmenté parce qu'il y a de plus en plus de monde sur le marché et toute une économie s'est greffée autour. Négliger ça, c'est se tromper. Et donc le joli site vitrine, c'est chatoyant, mais ce n'est souvent pas la priorité.

Marie-Laure C'est hyper important à souligner. Quand quelqu'un ouvre un restaurant, il sait qu'il va devoir investir. Le coach entrepreneur, parfois, ne comprend pas qu'avant d'être coach, il faut être entrepreneur. Et derrière l'envie d'entreprendre, il y a souvent le fantasme de la liberté. On a quitté le salariat, parfois sur un burnout, on est fragilisé. Et là, devant la feuille blanche, tout à coup on est libre. Mais libre de quoi ? En entreprise, on t'a dit à qui parler, tu avais des processus, une grille salariale, quelqu'un qui décidait de ce que tu valais. Et maintenant, c'est toi. Combien je vaux ? Quand on n'a jamais décidé ça soi-même, l'exercice n'est pas facile.

Cécile Et le positionnement, ça prend du temps. Au début, on pense qu'on peut aider tout le monde. Et c'est en pratiquant, en remarquant avec qui on prend du plaisir, où on se sent utile, que le filtre se fait progressivement. Communiquer et investir avant ce travail de maturation, c'est presque toujours prématuré.

Marie-Laure Et si c'était à refaire, je commencerais par me faire accompagner. Trouver le bon expert marketing qui m'aurait posé quelques questions. J'aurais peut-être pas eu toutes les réponses, mais ça m'aurait ouvert des pistes. Peut-être que dès le départ, j'aurais parlé de reconversion professionnelle sur LinkedIn, puisque c'était ce que j'accompagnais vraiment au début, plutôt que de me demander chaque semaine de quoi parler.

 

Les drivers : ces aides qui peuvent nous planter

Marie-Laure Un point d'attention pour les coachs, puisqu'on est beaucoup dans votre public : être conscient de ses drivers et de leur talon d'Achille. «Dépêche-toi», «Sois fort», «Sois parfait». A la base, c'est fait pour nous aider. Mais quand on est dans la peur, quand on est entrepreneur seul sans équipe pour nous valider, qu'est-ce qu'on va activer ? Faire encore plus vite, encore plus parfaitement, encore plus fort. Et le risque, c'est de se manger le mur. Je le vois tous les jours chez les entrepreneurs que j'accompagne. Prendre conscience de ça : mon driver peut me planter, c'est peut-être la leçon la plus transversale de tout ce qu'on s'est dit.

 

La référence de l'épisode

Beaucoup de bruit pour rien, comédie de William Shakespeare (vers 1598-1599). Adaptée de nombreuses fois au cinéma, notamment par Kenneth Branagh en 1993.

Marie-Laure Pas tant pour le contenu, mais pour le titre. Finalement, tout ça pour ça. Tout ce bruit autour d'un site internet, d'une marque, d'une attaque juridique. Et à l'arrivée, la leçon tient en peu de mots : prendre le temps, se faire accompagner, ne pas décider à la place du réel. Beaucoup de bruit pour rien. Ou : Tout ça pour ça.

 

Ce que nos erreurs respectives nous ont appris sur les investissements du coach entrepreneur

  • Investir dans un beau site avant d'avoir un positionnement clair est prématuré. Le site s'aligne sur l'offre, pas l'inverse.
  • Déposer une marque à l'INPI sans vérifier les risques de confusion peut coûter cher, en argent et en énergie. Un expert juridique en amont coûte moins cher qu'un conflit a posteriori.
  • Le positionnement d'un coach se construit dans la pratique, pas sur une feuille blanche. C'est en observant avec qui on prend du plaisir et où on se sent utile que le filtre se fait.
  • Quand tout résiste, se demander ce que la situation a à apprendre est plus efficace que le combat. La réponse ouvre parfois des portes inattendues.
  • Quand on est soi-même le produit, son nom propre est souvent la meilleure marque. Pas par obligation : par cohérence.
  • Nos drivers (Dépêche-toi, Sois fort, Sois parfait) sont des ressources précieuses, mais ils peuvent nous planter quand ils s'activent dans la peur. En prendre conscience est une compétence professionnelle.

«Nos mésaventures nous apprennent des choses. Ce qui peut être différenciant, c'est dans quel contexte on les vit et dans quelle réalité on les vit au moment où on les vit.» Marie-Laure Deschamp

 

Retrouvez Marie-Laure Deschamp

LinkedIn : linkedin.com/in/marielauredeschamp-coach-moneyprofil-entrepreneur

Site : mldeschamp.fr

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