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Une stratégie de contenu ne remplace pas la prospection… ni le lien humain.

Après une carrière de cadre dirigeante dans l'hôtellerie, Marie-Claire Mallet a créé Risaée, son activité de formation aux outils numériques et d'assistance administrative auprès des personnes âgées, en plein confinement en 2020. Cinq ans plus tard, Risaée n'a jamais été aussi solide. Son super-pouvoir : l'écoute. Cette capacité à se mettre pleinement à la place de ses clients, née de sa propre expérience de la reconversion, qui lui vaut régulièrement d'entendre : «Avec toi, on se sent vraiment bien accompagné.»

Dans cet épisode, une chronique sur le mirage de la stratégie de contenu devient le point de départ d'une conversation franche sur ce que développer une activité en solo demande vraiment. Vous y découvrirez :

  • Pourquoi la stratégie de contenu est souvent un moyen inconscient d'éviter la prospection, et ce que ça coûte.
  • Comment le lien humain et la confiance sont le premier levier commercial, en particulier pour les publics fragiles.
  • Ce que le bouche-à-oreille et le réseau local construisent que Google ne construira jamais.
  • Comment diversifier ses modalités d'accompagnement permet de survivre aux obstacles imprévus.
  • Pourquoi réussir en freelance demande de la patience, même quand on vient d'une première carrière commerciale solide.

 

La stratégie de contenu comme procrastination commerciale

Cécile La chronique que tu as choisie, c'est la n°10 : J'ai développé une stratégie de contenu à la place de la prospection. Pourquoi celle-là en particulier ?

Marie-Claire Je me suis vue il y a cinq ans. Je me suis dit : elle est pour moi, celle-là. J'avais ce petit désir secret de me dire : comme ça, pendant ce temps-là, je ne serais pas obligée d'aller distribuer des flyers sur le marché. J'avais l'impression d'être une bonne élève en testant mes articles pour qu'ils soient les plus performants possible, en les postant avec fierté. Et puis bizarrement, ça ne marchait pas.

Cécile C'est exactement ça que je raconte dans cette chronique. Une consultante marketing m'avait convaincue : toi, tu sais écrire, fais un blog, publie toutes les semaines, quelqu'un fera ta prospection à ta place. Alors j'ai passé trois ans enchaînée à mon clavier, un jour et demi à deux jours par semaine, pour publier des articles sur LinkedIn alors que peu de gens publiaient encore. Résultat : deux clientes en supervision. Pour trois ans d'effort, c'était un peu court. J'avais compris que ma stratégie de contenu ne m'évitait pas le commercial. Elle me permettait juste de repousser le moment d'y faire face.

Marie-Claire Et j'ai fait pareil, plus de deux ans et demi de blogging. Avec le recul, c'était peut-être une façon de me voiler la face. Mes clients ne se trouvaient pas sur le web. Ils ne me cherchaient pas sur Google. Parfois leurs enfants, oui. Mais le gros de mes clients, c'était via les ateliers collectifs dans les mairies et les associations. J'aurais pu passer plus de temps sur le terrain et moins derrière mon écran. Ça m'a fait perdre six à huit mois.

 

Le Covid comme accélérateur inattendu

Cécile Tu as créé Risaée en juin 2020, en plein Covid. En quoi est-ce que ça a compliqué le démarrage ?

Marie-Claire J'avais prévu de démarrer par des ateliers collectifs dans les mairies et les clubs seniors. J'obtiens un accord avec une mairie en octobre, et le deuxième confinement arrive en novembre. Impossible de faire des ateliers en présentiel. J'ai réussi malgré tout à réunir mes clients en atelier Zoom. Je suis allée chez certains pour leur installer l'application. On a fait une vingtaine de visios avec des personnes de soixante-dix à quatre-vingts ans. C'est un bon souvenir, même si pour eux, le numérique ne remplaçait pas la présence. Ils voulaient quelqu'un à côté d'eux pour expliquer comment fonctionne un moteur de recherche.

Cécile Et en même temps, pendant le confinement, le numérique était parfois le seul lien qu'ils avaient avec leur famille.

Marie-Claire Exactement. Certains m'ont dit : «Grâce à toi, je me suis sentie moins bête quand on me disait : clique sur le lien, c'est pas compliqué.» Il faut arriver à faire de ces obstacles des forces.

 

Ce qui a vraiment fait fonctionner Risaée

Le lien humain avant tout

Marie-Claire Ce que mes clients me disent, c'est : écoute, empathie, disponibilité. Je fidélise énormément. J'ai des clients qui me rappellent deux ou trois fois dans l'année. Et ce qui est un beau cadeau avec une clientèle senior, c'est qu'ils sont très bouche-à-oreille. Je ne compte plus les fois où un client m'a dit : «J'ai donné ta carte à quelqu'un, elle va t'appeler.» Mes clients font spontanément ce que j'attendrais de Google Ads. Mais il faut être patient et garder une qualité de service irréprochable.

Cécile Tu as joué la carte du local à fond, et la carte de la fidélisation.

Marie-Claire Complètement. Et soigner son réseau, c'est peut-être ma vraie botte secrète. Les mairies, l'Université Interâge, le Rotary, le CIC qui a cru en mon projet dès le début et m'a même accompagné avec une dotation pour créer un nouveau programme d'accompagnement collectif. Tous ces partenariats ont construit ma crédibilité là où mes articles de blog ne l'ont pas fait.

Se diversifier pour survivre aux obstacles

Marie-Claire J'ai aussi développé un troisième volet : la formation d'étudiants dans une école. Ça me permet de rester à la pointe des usages numériques, notamment l'IA. Voir des jeunes de vingt ans utiliser ChatGPT, parfois mal, me permet d'en parler ensuite à mes clients seniors avec le recul nécessaire. Ce matin encore, j'ai demandé à ChatGPT : «J'ai cinquante ans, je veux me reconvertir dans l'accompagnement numérique auprès des personnes âgées, quelle stratégie tu me conseilles ?» Il m'a répondu : «Surtout pas du contenu.» Si j'avais eu ChatGPT il y a cinq ans, j'aurais peut-être gagné du temps.

 

Ce que cinq ans de recul apprennent sur le développement d'une activité en solo

Cécile Si tu devais recréer Risaée aujourd'hui, qu'est-ce que tu ferais différemment ?

Marie-Claire J'irais moins sur les outils web, parce que je me suis rendu compte que c'était plus pour me rassurer moi, pour prouver ma légitimité numérique. Ce n'est pas ce que cherchaient mes clients. J'irais davantage sur le terrain : des conférences offertes, des tutos papier, du présentiel dans des lieux sécurisants comme les mairies ou les clubs de loisirs. C'est compliqué pour une personne seule de faire entrer quelqu'un d'étranger chez soi. Si le lien n'a pas été créé en amont, dans un environnement rassurant, c'est un frein énorme.

Cécile Et ce que tu dis là résonne très fort pour tous les coachs qui nous écoutent. La difficulté de passer de «vendre une entreprise» à «se vendre soi». La légitimité à construire après une reconversion. Le temps que ça prend. Toi, tu venais d'une première carrière commerciale solide, et ça t'a quand même pris cinq ans.

Marie-Claire Et c'est toujours difficile de me pitcher. Quand j'explique ce que je fais, les gens sont ouverts et intéressés, mais le démarrage reste compliqué. Réussir en freelance, ça demande beaucoup de patience et de persévérance. Même quand on a un passé qui sert de ressource.

 

La référence de l'épisode

Tribu Indé, podcast d'Alexis Minchella. Également auteur de Freelance, une aventure dont vous êtes le héros (Eyrolles, 2021).

Marie-Claire Ce podcast m'a beaucoup aidée à me structurer. J'avais tendance à papillonner, à courir après le dernier outil à la mode. Alexis Minchella propose une approche simple : un plan à quatre-vingt-dix jours, deux ou trois objectifs maximum, tous les moyens concentrés dessus. Et bloquer des plages dédiées dans son agenda plutôt que de disperser son énergie. C'est son accompagnement, combiné à celui d'un coach qui m'a fait revoir en profondeur ma stratégie commerciale, qui m'a vraiment remise sur les rails.

 

Ce que nos erreurs respectives nous ont appris sur le développement d'une activité freelance

Les apprentissages clés de cet épisode :

  • La stratégie de contenu est souvent une forme de procrastination commerciale. Elle rassure, elle prouve la légitimité, mais elle ne remplace pas la prospection.
  • Il faut connaître sa cible vraiment : les clients de Marie-Claire ne se trouvaient pas sur Google. Les articles de blog ne les ont pas atteints. Le terrain, oui.
  • Le lien humain est le premier levier commercial, en particulier pour les publics qui font entrer quelqu'un chez eux. La confiance se construit en face à face.
  • Le bouche-à-oreille et le réseau local construisent une clientèle que le référencement naturel ne peut pas remplacer.
  • Diversifier ses modalités d'accompagnement permet de survivre aux obstacles imprévus et de rester pertinent quand le marché évolue.
  • Réussir en freelance prend du temps, même avec un solide passé commercial. La patience et la persévérance ne sont pas des options.

 

«Il n'y a pas de recette miracle. Il faut tester, essayer. Et ne pas oublier que sa cible, ce sont des personnes, pas des algorithmes.» Marie-Claire Mallet

 

Retrouvez Marie-Claire Mallet

LinkedIn : linkedin.com/in/marie-claire-mallet-a59aa495

Site : risaee.fr

 

Ecoutez l'épisode complet sur Apple Podcasts, Spotify, Deezer, YouTube et Podcastics.

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