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Antimanuel de stratégie de contenus sur LinkedIn à l’usage des coachs

Anthony Gasquet est coach, formateur et superviseur en région niçoise. Il se passionne pour la neurodiversité et partage sa pratique du coaching chaque semaine sur LinkedIn avec une finesse et une érudition rares. Son super-pouvoir : aider les autres à trouver leur propre super-pouvoir, fidèle à la posture basse qu'il chérit depuis ses débuts dans le coaching.

Dans cet épisode, une chronique sur les réactions imprévisibles des publications LinkedIn devient le point de départ d'une réflexion à deux voix sur ce que communiquer en tant que coach indépendant veut vraiment dire. Vous y découvrirez :

  • Pourquoi écrire pour convaincre est une impasse, et ce qui change quand on écrit pour partager.
  • Comment parler de soi sur LinkedIn sans tomber dans l'exhibition ni le masque.
  • Pourquoi les relations les plus précieuses se nouent souvent en message privé, loin de la vitrine publique.
  • Ce que le geste d'écriture apprend sur sa propre pratique de coach.
  • Comment s'autoriser à ne pas publier quand on n'a rien à dire.

On ne maîtrise pas la vie que prend un post

Cécile La chronique que tu as choisie, c'est la n°38 : J'ai sous-estimé les réactions à mes publications sur les réseaux sociaux. Qu'est-ce qui t'a interpellé dans cette chronique ?

Anthony Le décalage entre l'intention qu'on donne à un texte et la vie qu'il prend une fois publié. Ça m'a parlé avant même que je la lise, parce que je l'ai constaté à mes débuts sur LinkedIn de manière parfois cuisante. Je ne suis pas à l'aise à l'origine avec les réseaux sociaux, donc il y a eu un apprentissage très progressif.

Cécile Je rappelle l'histoire. Pendant ma formation de coach en Angleterre, je rédige un post à partir d'un témoignage partagé en plénière. J'obtiens l'autorisation de la personne concernée, je publie. Le lendemain, une tierce personne, qui n'avait rien à voir avec ce témoignage, prend la parole en grand groupe : elle se sent trahie, se met à pleurer, ça fait un pataquès de deux jours. Je finis par demander au groupe quelle règle acceptable ils souhaitent édicter pour la publication des membres du groupe sur les réseaux sociaux. La règle sur laquelle ils se mettent d'accord est exactement celle que je m'étais imposée. Mon post n'avait enfreint aucune d'entre elles. Tout est bien qui finit bien, mais ce que j'ai mesuré là : je ne suis pas maître des réactions que je génère. Même quand j'ai fait ce qui me semblait être les bonnes pratiques.

Anthony J'en ai aussi fait l'expérience. Dans mes premières publications, j'essayais de convaincre : que j'avais une expertise, que mes sujets sur la neurodiversité étaient légitimes. Je prenais des critiques, parfois dures. Pendant un moment, j'ai arrêté d'écrire sur la neurodiversité, je me suis réfugié dans des généralités qui ne parlaient à personne.

 

Écrire pour convaincre vs écrire pour partager

Cécile Comment les réactions à tes publications ont-elles évolué ?

Anthony A un moment, je me suis dit qu'il fallait que je parle de moi : de mes expériences, de mon vécu, de mon regard. Pas dans le sens de l'ego, mais parce que c'est ma vision des choses, authentique, je ne peux pas y déroger. Depuis que je fais ça, l'adhésion à ce que j'écris est plus chaleureuse. Aujourd'hui, je publie pour contribuer, pour partager. Si ça parle à certains, tant mieux. Si ça ne parle pas à d'autres, ce n'est pas grave.

Cécile Je retrouve exactement la même chose. En supervision, j'entendais souvent des coachs se demander comment parler de leurs cas clients tout en anonymisant. Et pendant un temps, il y a eu beaucoup de belles histoires de coaching où le héros était le coach et le client le faire-valoir. Des supervisés arrivaient catastrophés en supervision parce que leur client s'était reconnu. C'est le même piège : écrire pour convaincre de sa valeur. Et ça se retourne souvent contre son auteur.

Anthony C'est exactement ça. Ce qui plaît aux gens, c'est l'identité de chacun dans son écriture. Quelque chose de formaté masque le vrai message. Si on a envie de partager, il faut y aller, mais de manière authentique.

 

Parler de soi pour autoriser les autres

Cécile Tu mentionnes souvent la neurodiversité dans tes posts. Est-ce que parler de tes propres particularités sur LinkedIn est une démarche facile ?

Anthony Non, ce n'est pas si facile. C'est un coût. Mais en même temps, si je me l'accorde à moi-même, c'est peut-être plus facile de l'accorder aux autres : vous pouvez aussi y aller si vous le souhaitez, ce n'est pas une obligation. Les personnes concernées par la neurodiversité me posent souvent cette question : est-ce que je dois en parler ? Comment me protéger ? Est-ce que je dois mettre des masques en société pour mieux me faire accepter ? Ça a un coût, mais le masque aussi.

Cécile La ligne entre parler de soi et s'exhiber est très fine. On voit des choses de part et d'autre sur LinkedIn. Et paradoxalement, certains mettent des masques pour parler d'eux de manière authentique, parce qu'il faut être authentique tout en donnant envie. Des injonctions très contradictoires.

Anthony Il y a aussi la partie cachée de LinkedIn : les messages privés. C'est là que se passent parfois les échanges les plus authentiques. Des gens me disent qu'ils n'arrivent pas encore à parler de leurs particularités en public, mais que ce que j'ai écrit leur a fait du bien. Ces échanges m'enrichissent autant que les commentaires publics.

 

Ce que le geste d'écriture apprend sur sa pratique

Cécile Tu dis que l'écriture nourrit aussi ta pratique de coach. Comment ?

Anthony L'écriture est un vrai travail personnel. Trouver des sujets, chercher comment les amener, faire quelques recherches pour sourcer. Si je n'ai plus ce plaisir, je m'autoriserai à arrêter de publier. Ce qui a été le cas pendant certaines périodes. Ça rejoint le côté authentique : rester aligné avec ce qu'on a envie de proposer, avec une intention de partage et pas une forme d'obligation.

Cécile Pour moi, Chères Erreurs a été une école de formation en soi. Aller rechercher des souvenirs plus ou moins bien digérés, les écrire, les analyser : j'ai appris des choses immenses. Et dans la publication, des connexions se sont créées d'une force incroyable. Le retour principal que j'ai reçu : «Tu m'autorises. Tu dédramatises. J'ai moins honte.» J'en rêvais, mais ça a dépassé toutes mes espérances.

Anthony Et c'est aligné avec ce que je ressentais en te lisant sur LinkedIn avant même le livre. Un écho libératoire. Dans notre métier, il y a souvent l'injonction d'être performant, d'avoir toujours la bonne question au bon moment. Mais dans la vraie vie, il y a toujours ce moment où on bascule sur quelque chose d'imparfait. Et c'est ce qui fait que ce métier est vivant, humain. Avoir l'autorisation de le dire fait du bien.

S'autoriser à ne pas publier

Cécile Tu m'as dit en début d'entretien que je te mettais la pression avec mes compliments. Je veux te dire quelque chose que je me suis toujours autorisé : arrêter d'écrire quelques semaines plutôt que d'écrire pour ne rien dire. Si je m'ennuie à écrire, mes lecteurs s'ennuieront autant. C'est une autorisation que je me suis donnée assez vite.

Anthony Complètement. L'écriture doit rester un plaisir. Le plaisir de trouver des sujets, de les amener, d'y mettre de soi. Sans ce plaisir, je m'autoriserai aussi à ne pas publier. Ce qui rejoint le côté authentique : ne pas publier sous contrainte ou obligation.

 

LinkedIn comme canal d'acquisition... sans en avoir l'air

Cécile Est-ce que des gens te contactent en disant "j'ai lu vos posts et c'est avec vous que j'ai envie de travailler" ?

Anthony Oui, et ça m'étonne encore. Parce que dans la plupart de mes posts, il n'y a pas vraiment d'intention commerciale. Mais parfois, quelques mots ont parlé à quelqu'un que je n'avais pas imaginé toucher. Ils me disent : «Il y a un truc qui me parle dans ce que vous avez écrit, j'aimerais travailler avec vous.»

Cécile J'ai exactement la même expérience. La quasi-totalité de mes supervisés viennent par LinkedIn. Et j'observe que plus ce que j'écris est dénué d'intention commerciale, plus ça fonctionne. Quand j'ai une intention commerciale, ça fait flop. Quand je partage simplement pour partager, des gens me disent : «Tu représentes quelque chose qui me parle, et j'ai envie de travailler avec toi.»

 

La référence de l'épisode

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes. Roman de science-fiction, publié en 1966. Grand prix de l'imagination 1969. Adapté au cinéma sous le titre Charly (1968).

Anthony Le héros de ce livre a une déficience mentale. Des scientifiques lui donnent une super-intelligence. Il acquiert une grande intelligence, mais garde une immaturité affective. Et cette intelligence va progressivement décroître, jusqu'à ce qu'il revienne à qui il était avant. Contre toute attente, c'est en perdant cette intelligence qu'il retrouve la sérénité et l'apaisement qu'il avait perdus.

Cécile Ça me provoque un parallèle avec le mirage d'écrire avec l'intelligence artificielle : écrire plus, mieux, plus ciblé, plus efficace. Et au fond du fond, ce qu'on cherche vraiment, ce sont des petits posts écrits à la main. Quand on en trouve enfin un, on est drôlement content.

 

Ce que nos erreurs respectives nous ont appris sur la communication des coachs sur LinkedIn

Les apprentissages clés de cet épisode :

  • On ne maîtrise pas les réactions à ce qu'on publie, même quand on a fait toutes les bonnes pratiques. C'est une donnée, pas un échec.
  • Ecrire pour convaincre de sa valeur est une impasse : ça se voit, ça se retourne souvent contre soi, et ça ne crée pas les bonnes connexions.
  • Ecrire pour partager, à partir de ses vraies expériences et de son regard singulier, crée une adhésion plus durable et plus authentique.
  • Parler de soi n'est pas s'exhiber : c'est autoriser les autres à faire des expériences. La ligne est fine, mais elle existe.
  • Les relations les plus précieuses se nouent souvent en message privé, loin de la vitrine publique.
  • Le geste d'écriture est un apprentissage en soi : il affine la pratique, clarifie la pensée, développe l'identité professionnelle.
  • S'autoriser à ne pas publier quand on n'a rien à dire est une marque de respect envers ses lecteurs, et envers soi-même.

«Si on a envie de partager, il faut y aller. Mais de manière authentique. Ce qui plaît aux gens, c'est l'identité de chacun dans son écriture.» Anthony Gasquet

 

Retrouvez Anthony Gasquet

LinkedIn : linkedin.com/in/anthony-gasquet

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Site : esprika.fr

 

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