L’impro-coaching : développer les talents individuels et collectifs

Recherche en cours pour le spectacle Bonheur – Photo Compagnie Coliberté.

Avant d’être mon partenaire d’impro-coaching, Soufiane Guerraoui a été mon prof de théâtre d’impro. Toujours à la recherche d’expériences à faire vivre à mes clients, j’ai vite senti que le théâtre d’impro pouvait être une source inépuisable d’expériences relationnelles transposables dans le monde professionnel.

Petit à petit, l’idée d’impro-coaching a germé et quand j’en ai parlé à Soufiane à la demande d’un client, il n’en était pas à son coup d’essai.

Qu’est-ce qui t’a fait passer du monde de l’entreprise au théâtre ?

Je ne me sentais plus à ma place. Ou plutôt, je sentais que ma place était ailleurs. Et sur scène, j’étais comme un poisson dans l’eau. Alors … j’ai plongé ! J’ai compris à quel point mon corps avait été relégué au second plan, au profit du mental et le théâtre m’a aidé à remettre chacun à sa juste place.

 

Et qu’est-ce qui t’a fait retrouver le monde de l’entreprise avec le théâtre ?

J’ai senti que je devais retourner dans mon ancien monde, avec mes nouveaux outils. Car sitôt que je me suis redécouvert sous cet angle, je me suis senti plus fort, plus à l’écoute de moi et des autres, et surtout, mieux. Je voulais partager ça. En entreprise, les hommes et les femmes sont mis dans des situations où ils ont besoin de qualités humaines difficiles à acquérir en travaillant : l’aisance, l’écoute, l’ouverture… Faire du théâtre, c’est prendre soin de son corps et de son mental au même titre qu’en faisant du sport. Et au théâtre, comme en entreprise, la dimension collective est fondamentale : on ne peut rien faire sans écoute et présence à l’autre.

 

Tu n’enseignes pas la même chose à des élèves amateurs et à des groupes en entreprise : quelle est la différence ?

Les élèves amateurs cherchent à grandir dans la discipline du théâtre d’impro. C’est leur finalité. En entreprise, c’est un moyen au service d’un objectif : le bien-être, avec soi et dans le groupe, la prise de parole, la créativité, l’innovation, la négociation, l’efficacité commerciale, …

 

Tu m’en dis trop ou pas assez, là ! Comment fais-tu pour travailler la créativité en impro coaching ?

Le propre du théâtre, c’est la surprise. Le public ne sait pas ce qui va se produire avant que le comédien le fasse. La créativité vient aussi de la suppression progressive des contraintes mentales, de la normativité qui est très présente dans les comportements (et pas qu’en entreprise !). On rentre dans différentes postures pour exercer notre dextérité mentale et corporelle. Cela nous amène à lâcher-prise, et au final nous nous surprenons nous-mêmes de la liberté que nous avons laissée à notre regard, à nos mouvements, à nos émotions, à nos mots. Et quand je te surprends, tu me surprends nous nous surprenons, nous surprenons notre public… c’est la magie de la créativité collective !

 

Et comment l’impro coaching peut-elle aider à mieux négocier ?

La négociation, ce n’est pas imposer un objectif, c’est trouver un terrain d’entente. Deux réalités se rencontrent pour en faire une troisième. C’est le fameux « Oui, et », qui suppose : acceptation de l’autre, je sais qui je suis, je sais avec quoi je viens mais je n’enferme pas l’autre. Il y a des invariants à respecter, et tout le reste peut être joué en ouverture. L’impro permet la rencontre de plusieurs ouvertures, des scénarios qu’on n’aurait jamais pu imaginer s’ouvrent à nous. Elle permet de travailler la construction de personnages, l’aisance à l’oral, la confiance en soi à travers le regard, la respiration, la gestuelle… tous ces points d’appuis corporels qui nous donnent le droit d’être flexibles et ouverts.

 

Qu’est-ce que les techniques du théâtre permettent de développer en entreprise ?

Alors si je n’ai pas le temps de parler de l’efficacité commerciale ou de l’efficacité collective d’équipe, je te dirai que d’une manière générale, les techniques théâtrales permettent de développer : l’aisance à l’oral, la confiance en soi, l’esprit d’équipe et l’écoute. La co-construction propre à l’impro permet de développer la dextérité mentale, la créativité et la réactivité. Dans le respect, toujours, des règles que le collectif définit en amont.

 

Quelles sont les objections que tu rencontres le plus souvent quand tu proposes d’utiliser le théâtre dans des coachings d’équipe ?

Je n’ai jamais rencontré d’objection réelle. Mais parfois des gênes – celle de se lancer, peur de ne pas avoir d’idée- qui s’estompent en faisant, quand le corps en mouvement et la dynamique de groupe effacent les peurs ou les projections mentales. Car on réalise vite que c’est en se lançant, et en acceptant le vide, que l’idée vient.

 

Moi, je me rappelle avoir eu peur d’être ridicule pendant longtemps…

On a tous peur d’être jugé au début. Mais moi c’est l’autre, on est dans le même bateau, on a la même peur. Ma philosophie, c’est « On fait d’abord on parle ensuite ». C’est pour ça que tu m’as choisi pour faire vivre des expériences décalées à tes clients, tu te souviens ? Parce qu’en faisant, on apprend des choses qu’on n’apprend pas en se contentant d’intellectualiser les choses.

 

Aujourd’hui, tu es chef d’entreprise, metteur en scène ?

Je suis les deux. D’abord, parce qu’un metteur en scène dédie, du moins à ses débuts, 90% de son temps à la gestion RH, à la communication, aux relations publiques, à la production et la diffusion. Ensuite, parce que mon activité de formateur est une activité corporate aussi bien en B2B qu’en B2C.

 

Comment vis-tu ton rôle ? Qu’apprends-tu de cette expérience « Bonheur » qui va nourrir ta relation avec des publics d’entreprise ?

Étant en même temps auteur et metteur en scène, je navigue à vue, mais je dois en même temps tenir la barque. Donner une vision. Et faire adhérer mon équipe, de 9 personnes à ce projet ambitieux : du théâtre physique et sonore sans parole, remettant en question 2 concepts forts et universels : la normalité et le consumérisme. Détail qui a toute son importance : personne n’est payé dans l’équipe. J’apprends donc à accepter l’incertitude. Accepter ne pas avoir toutes les réponses, car créer suppose beaucoup de recherche. J’apprends l’humilité et la remise en question.J’apprends à écouter, à accepter et à co-construire car souvent, les solutions me viennent des comédiens et des bruiteuses. Accepter ce qui vient, dans une logique collective et positive, pour un objectif commun. Tout en étant efficients, en raison de nos moyens limités.

 

Une expérience de leadership grandeur nature ! J’ai hâte de venir vous applaudir et de poursuivre ensemble nos aventures d’impro-coaching. Merci, Souf !