Et si retrouver sa zone de confort était plus malin que d’en sortir ?

La zone de confort, c’est la mère de toutes les paresses, de tous les échecs, de tous les regrets. Alors qu’au-delà, il y a le bonheur, la magie, l’épanouissement et le succès, comme sur ces photos truquées où l’on voit des gens sauter gracieusement dans le vide… sans conséquence fâcheuse. Enfin c’est marrant, je n’ai jamais vu de photos d’atterrissage de ces sauts de l’ange.

Cette injonction à sortir de sa zone de confort est culpabilisante, et bien souvent contreproductive. Elle incite à prendre des risques sans en mesurer les conséquences ni les conditions de succès.

Pour moi, le changement, c’est précisément l’inverse. C’est retrouver sa zone de confort. Celle dans laquelle on se sent en confiance et en accord avec soi-même. Illustration à travers deux exemples.

Ne pas confondre zone de confort et autonomie financière.

Ninon n’est pas heureuse dans son boulot.

Les projets sur lesquels elle travaille sont de moins en moins intéressants. Ses chefs trouvent sans arrêt à redire à son travail sans jamais lui montrer comment elle pourrait faire mieux. Elle a manifesté son intérêt pour un poste qui se libérait en interne et correspondait mieux à ses qualifications que son poste actuel. Sa tentative a été accueillie par une fin de non-recevoir embarrassée : en bref, son patron a beau dire qu’il n’est pas content d’elle, il a besoin d’elle à son poste et pas ailleurs. Cela étant, il ne vire pas Ninon, ce qu’il n’a pas hésité à faire sans ménagements avec plusieurs de ses collègues. Ninon commence à rassembler des renseignements, et des lectures pour faire le point sur son parcours professionnel et préparer la suite pendant l’été. Elle envisage même de faire un bilan de compétences.

A la rentrée, son projet n’a guère avancé.

– Je devrais sortir de ma zone de confort, je sais que je PEUX faire mieux que ça !
– Qu’est-ce qui t’en empêche ?
– Le marché du travail.
– Qu’est-ce qui pourrait t’arriver de pire ?
– Trouver un nouveau job et me faire virer pendant ma période d’essai en pleine crise économique. Les derniers embauchés sont toujours les premiers virés.
– Et dans ce cas, qu’est-ce qui pourrait se passer de pire ?
– De ne pas retrouver de boulot assez vite, je n’ai que quelques semaines d’autonomie financière.

Le risque de perdre sa sécurité financière, c’est une bonne raison de ne pas vouloir changer de boulot à la légère. Une source de revenu stable en temps de crise n’est pas une « zone de confort », c’est une sécurité alimentaire vitale pour beaucoup d’entre nous. Ninon a parfaitement raison d’être prudente quant aux conséquences de ses décisions, car elle est seule à les assumer. 

La question qui a permis à Ninon d’avancer, c’est : qu’est-ce qui te permettrait de supporter l’inconfort de ta situation actuelle le temps que la situation économique te permette de prendre à nouveau des risques professionnels ?  

La zone de confort, on en est encore loin. Mais au moins, Ninon a fait un choix et elle est prête à en assumer les conséquences.

Une zone de confort peut en cacher une autre.

Kader s’est fait virer de son gros projet, celui sur lequel il comptait pour assurer son année.

Pas assez agile, pas assez digital, pas assez énergique, trop vieux, quoi. Cela fait 25 ans qu’il fait son métier de formateur, il a toujours été considéré comme excellent et là, le passage brutal au virtuel lui fait perdre tous ses repères : ses donneurs d’ordre veulent tout et son contraire, il n’arrive plus à créer les relations chaleureuses qu’il avait en salle avec ses groupes, il n’est pas à l’aise avec la techno… Il s’est tellement mis la pression qu’il a fait une attaque de panique en direct devant un groupe. La première en 30 ans de carrière… Ses nouveaux clients,  qui ont négocié les prix au ras des pâquerettes sous prétexte que « tout est virtuel, c’est juste quelques heures sur ton canapé » ont des attentes encore plus délirantes : il faut animer un groupe de 10 dont 6 en résidentiel et 4 en ligne, avec obligation de résultat sur l’engagement des participants  ! Kader est aux abois. 

Ne pas confondre la capacité d’adaptation et les conditions de cette adaptation

Il s’inscrit à une formation « Accelerated Learning Certificate in virtual Learning” dans l’intention de « sortir de sa zone de confort » de la formation en salle pour s’adapter au monde virtuel, sa zone d’inconfort. Il n’en a aucune envie, mais c’est ça ou la retraite forcée à 50 ans.

Au cours de cette formation, il se rend compte de des gens beaucoup plus jeunes que lui ont connu les mêmes difficultés relationnelles et techniques ; que ses idées, sa façon de s’approprier les exercices et les outils proposés par les formatrices suscitent l’enthousiasme du groupe ; qu’il gagne à tous les jeux qui demandent de la dextérité technique ; qu’étant parmi les plus expérimentés, il exerce une influence très appréciée par le groupe.

Le feedback que lui renvoie ce groupe, c’est que loin de s’être aventuré dans sa zone d’inconfort, Kader a découvert que sa zone de confort était beaucoup plus étendue qu’il ne le croyait. De l’avis général, le bénéfice de cette formation a été 20% d’apprentissage, 80% de regain de confiance en lui. Dans l’inconfort d’un environnement hostile, Kader était incapable de réaliser des apprentissages parfaitement à sa portée. Dans un environnement confortable psychologiquement, il crève l’écran.  

Mes apprentissages

Plus ça va, plus mes clients m’apprennent qu’on ne change que quand la situation actuelle devient vraiment inconfortable et que le chemin pour quitter cet inconfort de départ est rendu psychologiquement accessible et matériellement assumable.