Sans expérience émotionnelle, point de changement – 1

Les facilitations graphiques de Guillaume Lagane font partie des expériences que j’adore faire vivre à mes clients.

« Des expériences émotionnelles ? Nos dirigeants veulent du sérieux ! » J’entends encore souvent cette objection, et elle est légitime. Nous avons tous vécu des séminaires dans lesquels les activités conviviales et ludiques prenaient une part prépondérante sans lien avec les impératifs professionnels de l’équipe. Au point que le terme de « team building » est devenu synonyme de moment de convivialité au nom de l’harmonie des relations. Sauf que nos émotions ne se résument pas au plaisir, et les enjeux d’une équipe performante ne se limitent pas à l’harmonie des relations.

Première partie d’un tour dans les coulisses émotionnelles du changement.

A part les noms, tout est vrai.

Bertrand a raté son entrée en fonction auprès de son équipe, bien aidé en cela par « le Siège » qui a multiplié les contraintes dans son agenda. Depuis les premiers jours, son équipe lui reproche d’être lointain et de ne pas les considérer ; de son côté, Bertrand considère qu’ils se comportent comme des enfants gâtés. Bref, ça part mal. La pression monte, au point que le rejet réciproque devient perceptible par les équipes et par le siège.

Qu’est-ce qui bloque ? la colère réciproque accumulée.

Qu’est-ce qui peut débloquer la situation ? la peur d’un conflit qui va tous les pénaliser individuellement s’il éclate.

Maylis remue ciel et terre depuis des mois pour faire évoluer la stratégie commerciale de son entreprise.. Tout le monde au sein du Codir partage son analyse mais rien à faire, chacun campe dans son pré carré.  

Qu’est-ce qui bloque ? Des jalousies recuites au sein du Codir qui les empêchent de s’écouter mutuellement et de faire des compromis.

Qu’est-ce qui peut débloquer ? la peur de perdre plus en continuant à jouer solo qu’en jouant collectif.

Dans les deux cas, ce qui bloque le changement, c’est une émotion.
Dans les deux cas, ce qui peut débloquer le changement, c’est aussi une émotion.
Dans beaucoup de cas, les émotions bloquantes ont été inhibées et bloquent d’autant plus fort qu’elles sont cachées. Une étape importante de l’approche de Palo Alto consiste à faire émerger ces émotions bloquantes, et à leur faire une juste place, précisément pour qu’elles arrêtent de prendre toute la place.Une fois les émotions bloquantes canalisées, l’apprentissage de nouveaux comportements n’est pas encore acquis. Récemment, des chercheurs ont mis à jour le rôle des émotions dans l’apprentissage cognitif. Selon Olivier Houdé, pour corriger les biais qui nous font prendre de mauvaises décisions, trois émotions jouent un rôle facilitateur : le doute, la curiosité et le regret anticipé (= la peur de perdre citée ci-dessus).

L’explication rationnelle ne suffit pas nous faire changer de comportement.

Nous avons tous fait l’expérience du caractère contreproductif des conseils bien intentionnés comme « restons calmes », « n’aie pas peur » et autre « faut pas t’en faire ». Non seulement cela n’aide pas, mais cela aggrave souvent les émotions bloquantes en les rendant socialement inavouables. De la même manière, dire « tu te trompes » est rarement une bonne méthode pour amener quelqu’un à remettre en cause une croyance limitante. Mon expérience de formatrice et de consultante m’a aussi appris que les outils, méthodes, formations ne sont utiles que pour des personnes qui sont prêtes à les recevoir et à les utiliser. Dans tous les projets de conseil ou de formation que j’ai menés, les meilleurs participants étaient ceux qui avaient déjà surmonté leurs résistances psychologiques et se sentaient prêts à accueillir la nouveauté, prendre le risque de changer. Sans cela, les meilleurs outils et méthodes restent lettre morte. 

 

L’expérience émotionnelle sert à canaliser nos émotions afin de nous faire faire des apprentissages

Le cerveau humain apprend par l’expérience et tend à faire toujours plus de la même chose, y compris quand ça ne marche pas. Sortir du cadre demande beaucoup de méthode et c’est comme cela que je décris mon rôle de coach : créer les conditions pour aider mes clients à sortir d’un cadre qui les limite, pour trouver un cadre qui sert leurs ambitions.

L’éventail d’expériences émotionnelles proposées par l’approche de Palo Alto est déjà très riche et très documenté. Il permet aux personnes de travailler entre les séances et de recadrer peu à peu leurs émotions, leurs croyances, et d’essayer de nouveaux comportements. Je l’ai enrichi d’expériences inspirées de la Gestalt, à faire en séance, individuellement ou en groupe.

 

Dans mon prochain billet, je décrirai plus en détail ces expériences émotionnelles et vous présenterai les partenaires avec lesquels je travaille pour les faire vivre à mes clients. 

En attendant, vous pouvez déjà lire :

Ce que le jeu de go apporte (vraiment) au management

 Go players, Chess players, and power games (en Anglais)

 L’impro coaching, pour développer les talents individuels et collectifs

 

Et pour la partie scientifique :

Olivier Houdé,  L’intelligence humaine n’est pas un algorithme Odile Jacob

Il cambiamento e l’esperienza emozionale correttiva, blog du Centro di Terapia Strategica (en italien)